Grand-Père,
Tu nous manques déjà. Je ne vais pas vous parler de la vie intense qu’il a menée, de son courage au travail, du temps qu’il consacrait pour accueillir sa famille ou ses amis. Parce que vous savez tout ça. Sinon, je parlerais devant quelques personnes, et non devant une foule.
Je veux juste vous rappeler un message qui à mes yeux a dirigé sa vie. Grand-père était un homme de Science, et je crois qu’il a fait sien ce principe de la physique : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Ceux d’entre vous qui l’ont appelé « Monsieur le Directeur » et ceux qu’il a aidés durant la guerre, savent bien que Grand-Père n’arrêtait pas d’inventer et d’innover des procédés de transformation de produits laitiers.
Ceux d’entre vous qui l’ont appelé « Monsieur l’expert » savent reconnaître sous ses dehors sévères, l’homme qui faisait preuve d’une honnêteté absolue. Certes il analysait selon ses critères, mais jamais personne n’était pour lui indigne d’attention.
Ceux d’entre vous qui l’ont appelé « Jacques », ses pairs de l’Automobile Club, ses neveux et nièces et ses amis, savent qu’il était un homme profondément sincère et fidèle. Aussi savent-ils qu’il mettait toute son attention et toute son acuité à les accueillir. Il rythmait sa vie parisienne ou bellifontaine entre les réunions de famille, les bridges ou les barbecues pour vous tous, ses amis.
Vous, maman et chères Tantes qui l’appeliez « Papa », vous savez combien l’aspect innovateur de Grand-père cachait une profonde attention à son prochain. Que chacun à ses yeux était digne d’estime !
Nous, ses petits enfants et arrière petits-enfants qui l’appelions « Grand-Père » combien de fois, nous nous sommes amusés avec ses merveilleuses machines à ramasser l’herbe, à lire l’heure solaire. Combien de fois rassemblés autour de lui, à Montarlot, avons-nous admiré les poutres extraites par ses soins des malaxeurs de beurre. Quelle leçon d’inventivité et en même temps, quelle façon de faire partager des moments de vie !
Ceux qui l’ont accompagné durant ses deux dernières années, savent qu’il s’est approprié l’environnement de Montarlot pour meubler sa chambre de Sainte Perrine avec ses dossiers et ses instruments d’Ingénieur, l’ampèremètre sur la table. Grand-père c’est ça !
Grand-père vivait pleinement dans son temps. Il nous a tous préparés à ce 21ème siècle si complexe. Il y a quelques semaines encore, il m’exhortait et m’encourageait, comme mes frères et ma sœur, mes cousins et cousines à apprendre, à innover et à accueillir.
Grand-Père, tes derniers mots me résonnent encore dans la tête : «Bye Bye !» Un peu surpris, car je ne le savais pas doué pour les langues, je lui ai demandé. « Tiens ! tu es bilingue ? ». Alors, avec cet humour qu’il savait cacher, il m’a lâché ses mots : « Tu parles ! »
A mon tour, Grand-Père, de te dire « Bye Bye !»